Réalisation: Jost Van der Valk, Mags Gavan
Image: Marco Nauta, Jost Van der Valk
Son: Mags Gavan
Montage: Patrick Janssens
Leurs cicatrices sont le témoignage de la violence de leurs combats, mais les Crips, la bande de La Haye dont Joost Van der Valk et Mags Gavan nous racontent l'histoire, en sont fiers. Un documentaire ethnique très troublant.
Des hommes noirs montrent leur torse nu à la caméra chaque cicatrice témoigne d'un échange de coups de feu.Apparemment, un gang est en train de se présenter. Ce n'est pas le contenu de leurs histoires qui étonne, mais la langue des hommes: le hollandais. Crips accompagne les membres du gang criminel éponyme à la Haye qui ont emprunté le nom de leurs grands frères de Los Angeles. L'acronyme Crips est là pour Community Revolution in Progress et il est le programme: le gang se considère comme une famille, la loyauté est son bien le plus précieux. La révolution à vrai dire consiste principalement à s'enrichir par le commerce de drogues ou par des vols à main armée. Les membres viennent des ex-colonies hollandaises: le Suriname au nord-est de l'Amérique du Sud et les Antilles dans la Mer des Caraïbes. Ils ont grandi dans la pauvreté avec des pères violents, criminels et le film le fait clairement comprendre n'ont pas trouvé de patrie en Hollande. Reste à savoir toutefois si leur patrie leur offrirait plus de sécurité: Santos, membre du gang, a fui vers le Suriname et subit là avec patience des rites indigènes. Il ne semble pas pour autant purifié après ceux-ci. A part lui, deux autres membres des Crips prennent le devant de la scène: Keylow, fondateur du gang, qui a commencé innocemment dans les années quatre-vingts avec la breakdance. Pour lui, la communauté passe avant tout; toute trahison est punie. Il l'exprime clairement quand Santos veut mener un deal sans le gang.
Les cinéastes nous apprennent à mieux connaître la vie de Main C. Il vient de tirer plusieurs années pour meurtre et veut finalement vivre dans la légalité, dans l'intérêt de ses enfants. Mais il ne se détache pas de son autre famille; il rencontre toujours Keylow.
Il est étonnant de voir quelle proximité les cinéastes ont réussi à établir avec les criminels. Ils deviennent témoins de la planification d'une attaque de banque, filment l'empaquetage de drogues et accompagnent les Crips à Los Angeles, où ils rencontrent leurs modèles. Et d'où ils repartent désillusionnés. Cette proximité peut irriter car en fin de compte les personnes portraiturées sont la plupart de grands criminels mais elle autorise un regard inhabituel dans un monde normalement cloisonné. Que le gang ait composé le hip-hop pour la bande son semble en faire l'apologie à divers endroits. Et attriste: grâce à leur créativité et à leur aisance verbale, n'y aurait-il pas une alternative à la vie dans la violence pour ces gangsters?
Flavia Giorgetta, Semaine de la Critique Locarno 2009
216.73.216.219